mardi 8 septembre 2026

Stratégies d’occupation des territoires urbain et péri-urbain

Création de la commune d’Owendo : des pesanteurs politico-administratives

27A l’origine zone industrielle et portuaire de Libreville, la localité d’Owendo devient une commune de plein exercice en 1995. Elle se distingue à plusieurs égards. Owendo est une zone à vocation industrielle et portuaire et constitue le point de rupture du chemin de fer gabonais. Cependant, la division de Libreville soulève une interrogation. Quel est concrètement l’intérêt de créer une commune à Owendo ? 

28La création de la nouvelle commune repose d’abord sur des critères géographiques. En effet, comme l’indique l’ordonnance n° 10/93/PR du 4 octobre 1993 ratifiée par la loi 41/93/PR du 15 février 1994, la création d’une commune urbaine doit tenir compte de la réalité géographique de la localité au moment de son tracé. Owendo est effectivement limitée à l’Ouest et au Sud par l’estuaire du Gabon, au Nord par la rivière Lowé et à l’Est par la rivière Angoumé. Ces différentes représentations déterminent l’assiette territoriale de la commune. 

  • 2 Répertoire des industries et activités du Gabon, 2003.

29L’érection de la nouvelle commune tient ensuite au poids démographique et économique de la localité. L’article 7 de la loi sur la décentralisation précise en effet que la création d’une commune urbaine ou d’un arrondissement doit répondre à une assiette démographique égale ou supérieure à deux mille habitants. En 1995, lors de sa promulgation, Owendo comptait effectivement 25 000 habitants, d’après les résultats du recensement de la population de 1993. Inégalement occupée (seulement 20 % du territoire), la commune s’étend sur 3419 hectares. Elle compte 13 quartiers et 3 cités modernes. Toutefois, le poids démographique ne semble pas être le critère majeur pour justifier la création d’une nouvelle commune, puisque le quartier Nzeng-Ayong, qui est plus peuplé qu’Owendo (respectivement 17 % et 6 % de la population de l’agglomération de Libreville), a été érigé en arrondissement. Au plan économique, Owendo représente, grâce à son immense activité industrielle, 80 % du potentiel économique de la province de l’Estuaire. Elle compte trente-sept unités industrielles, dont cinq usines de transformation du bois, quatre unités de pêche, une brasserie, une usine de montage d’automobiles, des entreprises de consignation des navires et de transit qui génèrent en moyenne dix millions de F CFA par mois à l’Etat en rentrées fiscales. Toutes ces entreprises rassemblent 62 % des emplois industriels de l’agglomération de Libreville2. A ces unités industrielles s’ajoute le plus grand port du Gabon qui est divisé trois entités : un port marchandise, un port à bois et un port minéralier. 

30Le découpage de Libreville procède finalement d’une stratégie politico-administrative mise sur pied depuis les années 1980. C’est précisément en 1986, quatre ans avant la réintroduction du multipartisme au Gabon, que la localité d’Owendo, alors placée sous l’administration du département de Komo-Mondah, a été incluse dans l’agglomération de Libreville par le conseil municipal. La raison évoquée à l’époque était la distance (40 km) jugée trop grande qui sépare Owendo de Ntoum, la capitale du département du Komo-Mondah, par rapport à Libreville qui se trouve à quelques encablures. Neuf ans plus tard, pour clarifier le statut de cette localité, les techniciens du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation ont élaboré un projet de texte visant à ériger Owendo en arrondissement. Mais, lors de l’examen du projet à l’Assemblée Nationale et sous la pression de députés du Parti Démocratique Gabonais (PDG), majoritaire à cette Assemblée (80 représentants sur 120), Owendo a plutôt été érigé en commune de plein exercice. 

  • 3 L’Union, n°6220 du 10 septembre 1996, p. 2.
  • 4 Id., p. 3.

31L’institutionnalisation de la commune d’Owendo se déroule dans un contexte politique un peu particulier. En effet, le Gabon – qui vient de renouer avec le multipartisme – est dans une période de consultations électorales (élections locale et législative de 1996). Celles-ci sont capitales pour les partis politiques de l’époque (Parti Démocratique Gabonais (PDG), Rassemblement National des Bûcherons (RNB), Cercle des Libéraux Réformateurs (CLR), etc.), qui cherchent à avoir une plus grande représentativité à l’Assemblée Nationale et à administrer les plus importantes villes du pays en vue d’asseoir leur hégémonie sur l’échiquier politique national. A Libreville, le RNB, alors parti de l’opposition, et le PDG, les deux principaux partis du pays, se disputent la mairie de la capitale gabonaise. Selon les sondages (non officiels), le RNB est donné gagnant à l’élection locale. Autrement dit, une victoire de ce parti permettait à son leader de présider le conseil municipal de Libreville y compris Owendo. Or, le patrimoine foncier et le domaine industrialo-portuaire du sud de Libreville sont sous la gestion directe de l’Office des Ports et Rades du Gabon, une société para-étatique basée à Owendo. Pour préserver ce patrimoine (taxes sur les navires, redevances d’occupation, foncier, etc.), la stratégie adoptée par les députés du PDG consistait à amputer Libreville de sa partie sud. C’est ainsi qu’ils vont voter pour la division de Libreville en deux communes de plein exercice. Aussi, s’étaient-ils convenus que la future commune ne pourrait être dirigée que par les initiateurs du projet. Dans cette perspective, au cours d’une réunion de travail du bureau politique du PDG de la province de l’Estuaire, le Secrétaire National à l’Education et à la Formation dudit parti déclarait « il est hors de question que la mairie d’Owendo soit dirigée par l’opposition, car J. Nzaou (le premier maire de la commune) s’est battu corps et âme pour qu’Owendo soit érigée en commune de plein exercice. Il est donc hors de question que cet enfant qu’il a conçu soit élevé par une autre personne »3. Et du Secrétaire Général dudit parti de renchérir : « Si nous avons créé Owendo, c’est pour que nous-mêmes gérions cette commune. Par conséquent, il ne sera pas question qu’un quelconque parti en dehors du nôtre s’accapare cette commune industrielle4. » 

32En 1995, Owendo a été érigée en commune de plein exercice et devenait de fait le fief politique du PDG. Un an plus tard, le leader du RNB est élu édile de la commune de Libreville. Le conseil municipal d’Owendo, quant à lui est confié à un militant du PDG. La même détermination pour conserver la commune d’Owendo, s’est manifestée lors du deuxième mandat en 2003. Le PDG a obtenu 15 sièges sur 37, ce qui ne lui assurait pas la présidence du conseil municipal d’Owendo. Cette formation politique a engagé des tractations avec les candidats indépendants qui en avaient obtenu 15. Après moult tractations et suite à l’intervention « du bord de mer », tous ses conseillers ont élu un « pdgiste » à la tête du conseil municipal. Depuis lors, la commune d’Owendo est gérée, comme celle de Libreville, par une « coalition municipale » formée autour du Parti Démocratique Gabonais et comprenant des forces de la majorité présidentielle.


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