mardi 8 septembre 2026

Un territoire, deux collectivités

Le territoire owendois est en crise. Celle-ci est essentiellement foncière et financière. Le conflit oppose la municipalité à l’Office des Ports et Rades du Gabon. En effet, dès sa création, le 1er avril 1974, les pouvoirs publics ont décidé de confier la gestion du port, ainsi que les terrains domaniaux compris dans les circonscriptions portuaires, à l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG), organisme spécialisé revêtant la forme d’un établissement public à caractère industriel et commercial. Une décennie plus tard, avec la mise en service du Port d’Owendo et, dans le souci d’un contrôle efficient de l’occupation de l’espace attribué dans ledit port, la gestion du domaine portuaire, dénommée Zone Autonome du Port d’Owendo (ZAPO), est cédée à l’OPRAG. L’office a alors sous son contrôle un vaste domaine dont la zone industrialo-portuaire et le village Owendo. Doté d’une autonomie financière et de la personnalité civile, l’OPRAG tire ses ressources des taxes sur les navires, des marchandises et redevances d’occupation (entreprises portuaires, dépôts marchandises, sociétés commerciales), de l’impôt foncier (figure 3).

Figure 3. Les encaissements de l’OPRAG.

Figure 3. Les encaissements de l’OPRAG.

Sources : Agence immobilière Alliance, 2004

34Depuis quatre ans, sans doute en prévision de sa mise en concession (devenu SIGEPRAG), l’Office des Ports et Rades du Gabon a cédé la gestion de son patrimoine foncier à une société immobilière privée gabonaise, dénommée Alliance. Celle-ci lui permet actuellement de quadrupler ses encaissements grâce à une gestion rigoureuse des ressources, comme le montre la figure 3. En outre, elle lui a permis de renforcer son patrimoine foncier à Owendo en obtenant dix neuf titres fonciers supplémentaires dont la zone OCTRA (actuel SETRAC). Ce qui augmente substantiellement le patrimoine foncier de l’Office.

35Toutefois, la localité d’Owendo est érigée en commune de plein exercice. Et, conformément à la loi 15/96 relative à la Décentralisation, le Conseil municipal devient l’organe exécutif en ce qui concerne les attributions, les expropriations, les programmes d’aménagement, la gestion des domaines publics (voiries, urbanisme, cadastre, logement, habitat, etc.) et privés de la commune. Mais, au regard de l’ordonnance 10/93/PR du 4 octobre 1993 qui fixe les limites de la commune d’Owendo, ainsi que les points géographiques qui s’y rattachent, on se rend compte que les pouvoirs publics ont attribué, à peu de chose près, le même territoire à deux entités. De la même manière, la municipalité est subdivisée en deux portions. Sur une superficie de 3419 ha, l’OPRAG en possède 2101, soit 61,45 % de la superficie de la commune contre 2101 ha pour la municipalité. A cela, il faut ajouter le fait que, dix ans après sa création, la mairie ne bénéficie toujours pas des ristournes du budget général de l’Etat encore versées à l’Office, notamment les quotes-parts sur les impôts sur les bénéfices industriels et commerciaux et celles sur les impôts sur les valeurs immobilières.

  • 5 Nom pour désigner les membres du Parti Démocratique Gabonais (PDG).

36Aujourd’hui, le conseil municipal réclame non seulement les ristournes du budget, mais aussi la redéfinition de son territoire de compétence. De nombreuses rencontres, initiées par les pouvoirs publics, réunissant les Ministères de l’Habitat et de la Marine marchande, les responsables de l’OPRAG et la mairesse d’Owendo, ont été organisées pour trouver une issue favorable à cette crise. Une des solutions retenues est de morceler le domaine de l’OPRAG comme ce fut déjà le cas en 1992 à la suite de la requête déposée par les habitants de la communauté villageoise d’Alénakiri auprès des hautes autorités du pays. Un titre foncier sur la nouvelle délimitation du domaine portuaire avait été élaboré. Les terrains ainsi libérés au bénéfice de la nouvelle commune ont permis de développer l’habitat social. Mais, compte tenu de la présence de multiples acteurs (SNI, Communauté autochtone, autres squatters), la mairie a du mal à circonscrire son territoire de compétence. A bien y regarder, la commune d’Owendo constitue un enjeu géopolitique majeur par ses ressources. Après avoir créé de toute pièce leur « enfant » et écarté l’opposition politique, les Pdégistes5 veulent se donner des limites qui leur servent à diffuser le pouvoir de prédation des richesses liées aux multiples activités de la zone industrialo-portuaire.

Figure 4. La commune d’Owendo et ses divisions.

Figure 4. La commune d’Owendo et ses divisions.

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