10Le quartier dont il est question ici n’a aucune valeur juridique car aucun texte n’a jamais régenté ses limites. Plusieurs de ces quartiers (ceux du « vieux Libreville ») sont nés par la volonté des communautés autochtones, dont les villages ont été rattrapés par l’urbanisation. D’autres, situés en périphérie, sont composés en majorité par des gens venus de l’arrière-pays et qui se sont installés dans des conditions illégales, c’est-à-dire sans titre foncier. Ces populations sont restées fidèles aux principes de systèmes organisationnels de leur localité d’origine tant sur le plan familial (solidarité du groupe), social (relation de groupe) que culturel (mode de vie relationnel). De ces aspects se dégage une continuité de la vie au village en milieu urbain. Ainsi, le quartier renvoie souvent à une forme de ruralité laquelle est parfois chargée de connotation péjorative, liée au sous-équipement et à l’insalubrité qui caractérisent les quartiers sous-intégrés. Il est fréquent d’entendre des expressions : « il parle comme au quartier » ; « il se comporte comme au quartier ». Le quartier ici est plus une circonscription sociale que territoriale, puisqu’elle constitue « une catégorie d’aire géographique qui relève de l’espace vécu d’une certaine communauté d’appartenance et d’une représentation de celle-ci avec des lieux repères et des lieux centraux » (Brunet et al., 1993). L’un des traits caractéristiques de cette représentation de l’espace est la nomination des lieux-dits. Les noms des quartiers évoquent non seulement le milieu physique, ses fonctions et les conditions d’établissement des populations, mais renseignent aussi sur un évènement historique qui se rapporte aux personnages emblématiques intérieurs ou extérieurs aux communautés et aux croyances populaires. Aussi, la composante toponymique (tableau 2 ci-après) catalyse-t-elle une démarche d’appropriation foncière. Elle relève une certaine cohésion sociale qui traduit un profond sentiment d’enracinement et d’appartenance au lieu-dit.
Tableau 2. Toponymie locale de quelques quartiers de Libreville.

Liste non exhaustive
Sources : RAPONDA, W. 2004
- 1 Les quartiers qui longent la Nationale 1 portent des noms en référence au parcours kilométrique.
11Après la redéfinition du cadre territorial de 1974, la mosaïque municipale va être modifiée une fois de plus dans les années 1990. Ces modifications se remarquent dans le nombre de communes et d’arrondissements. En effet, compte tenu de son poids démographique, la périphérie Est est érigée en sixième arrondissement, par l’ordonnance n° 688/PR/MIDSM du 23 juin 1995. Cette nouvelle circonscription administrative est composée d’un conglomérat de quartiers sous-intégrés pour la plupart. Mais, du point de vue de la superficie (28 629 ha), c’est le territoire urbain le plus étendu de la capitale gabonaise. Il inclut Nzeng-Ayong et les quartiers qui longent la route nationale 1 que sont Nkol-Ngoum, Bangos, Iguenja et le PK 7, 8 et 9 (Bisségué)1. « Y ont été ajoutées des zones quasiment rurales comme Bambouchine ou encore Ovan et Nzeng-Ayong village » (A.M., 2004). De la même manière, suite à l’ordonnance 10/94 du 4 octobre 1994 et ratifiée par la loi 41/95 du 15 février 1995, Libreville est amputée de sa périphérie sud qui est érigée en commune de plein exercice.
12Aussi, le nouveau découpage de l’agglomération de Libreville fait-il apparaître une organisation à trois niveaux correspondant aux structures d’encadrement et de gestion des territoires urbains : la commune, l’arrondissement et le quartier. La commune est une circonscription administrative urbaine de premier niveau qui est située à l’intérieur d’un département. Elle peut être divisée en arrondissements, en fonction de l’importance de son territoire, de la densité de sa population et de son organisation spatiale. L’arrondissement quant à lui est une circonscription administrative de deuxième niveau. Il est composé de quartiers, eux-mêmes considérés comme des unités administratives de base.
13Depuis 1995, la commune de Libreville comprend six arrondissements et cent dix-sept quartiers, alors que celle d’Owendo compte treize quartiers. Les principaux axes d’extension de l’agglomération se situent surtout dans les périphéries Nord et Est. Il s’agit des quartiers installés hors des limites municipales, puis progressivement intégrés dans le tissu urbain : les terrains d’Angondjé (14 000 ha) y compris la forêt classée de la Mondah ; le secteur allant de Bambou-chine à Nkolamvam (8 000 ha) ; le secteur situé au nord-est de la commune d’Owendo. L’occupation du sol, dans ces zones d’extension, se fait de deux manières :
l’acquisition coutumière : une acquisition souple au cours de laquelle le premier occupant (communautés autochtones, chef coutumier, etc.), animé par le principe de terre ancestrale, vend ses terrains à une tierce personne qui en devient propriétaire ;
l’acquisition par affinité ethnique ou parentale.
14Ces formes d’occupation du sol témoignent non seulement de leur caractère informel, mais aussi du manque de maîtrise de l’urbanisation par les pouvoirs publics. Autrement dit, malgré les interventions exacerbées de l’Etat (aidé par les ONG, Banque Mondiale, etc.), les politiques urbaines ne sont jamais parvenues à maîtriser la croissance de la capitale gabonaise, traduite par une importante poussée de « quartiers précaires » ou « sous-intégrés » encore appelés « matitis ». Libreville est, de ce point de vue, l’illustration de ces villes d’Afrique noire à la croissance non-maîtrisée et dont la morphologie spatiale est dominée par l’étalement de son habitat périphérique.
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