4En 1960, l’accession du Gabon à l’indépendance consacre le début d’un processus d’explosion urbaine qui abouti à la modification de la mosaïque territoriale. La distinction « ville blanche » et « villages africains » disparut de fait. Libreville devient le lieu d’une double stratégie spatiale. La première consistait à perfectionner le legs colonial en tentant d’étoffer le maillage administratif afin de mieux gérer l’espace urbain qui commence à s’étaler de manière anarchique suivant trois modes d’extension :
Extension par agglutination où on avait un noyau central autour duquel venaient s’agglutiner les villages M’pongwé, les communautés autochtones de Libreville ;
Extension dite polynucléaire. Dans la logique de ségrégation spatiale imposée par l’administration coloniale, les deux noyaux, qui sont mal articulés, se développent séparément ;
Extension par « saute-mouton ». Cette forme d’extension consiste à contourner la zone non aedificandi (vallée Ste-Marie, Plaine Orety et Quaben)pour s’installer sur des hautes terres (Nkembo, Sainte-Anne au Nord, London, Lalala au sud et Mont-Bouet à l’est de la ville).
5La deuxième stratégie avait pour objectif de renforcer l’emprise sur les contours du périmètre urbain, en dotant la ville d’un plan d’urbanisme qui intègrerait toutes les composantes administratives. Compte tenu de cet objectif, deux plans d’urbanisme ont été initiés par l’Etat au cours de cette période.
6Le premier plan, réalisé par l’architecte français Henri Pottier en 1962, avait pour objectif de mettre fin aux implantations anarchiques de la période coloniale et donner au tissu urbain la cohésion qui lui était indispensable sur le plan spatial et social. Ce plan proposait la construction des voies de liaisons inter-quartiers, le regroupement des activités urbaines et la création des équipements de quartiers. Le développement devait se faire par la récupération de tous les terrains inutilisables après l’aménagement. Défini en dix ans (1962-1972), le cadre de développement de Libreville devait se limiter aux vallées marécageuses qui sont au Nord, la rivière Gué-Gué et, au sud, la zone marécageuse d’Oloumi. Le plan Pottier n’a été appliqué que partiellement. Il fut rejeté à cause de l’introduction de l’ambitieux projet de construction du port en eau profonde à Owendo, car ce projet était trop coûteux, selon les autorités publiques gabonaises. Le deuxième plan, préparé par le groupe italien d’Olivo Prass et adopté en 1965, définissait les surfaces indispensables à l’installation des équipements collectifs. L’originalité de ce projet résidait dans la définition du périmètre urbain du « grand Libreville » (Nziengui Mabila, 1981). En effet, ce plan prévoyait l’intégration de la banlieue Nord (Cap Estérias) à Libreville, la construction de la rocade Est, la création d’une demi-douzaine de nouveaux quartiers devant recevoir entre 5 et 10 000 habitants, l’aménagement d’une zone industrialo-portuaire, au sud de Libreville, pouvant contenir, outre les unités de production et les équipements collectifs, mais aussi une population de 22 000 habitants.
7Les deux plans d’urbanisme furent appliqués dans leurs grandes lignes dans certains secteurs (regroupement des fonctions administratives et des affaires au centre-ville), mais, ils n’ont pas été mis complètement en application pour quatre raisons principales :
le surdimensionnement financier et technique par la bureaucratie institutionnalisée alors que les moyens d’exécution des travaux étaient très limités ;
le privilège accordé au plateau, en négligeant l’intégration des quartiers africains dans les projets d’aménagement de la ville ;
le désordre dans l’exécution des plans, dont les phases de réalisation n’étaient pas clairement indiquées ;
la non maîtrise du patrimoine foncier par les autorités publiques.
8Toutefois, au cours de cette période quelques lotissements furent réalisés. En effet, dans le but de répondre à une demande de logements de plus en plus importante, les pouvoirs publics ont initié un ambitieux programme de construction de cités planifiées dans certains quartiers, aussi bien par l’Etat que les sociétés immobilières privées (SGI, SGAEI). Ces cités planifiées résultent de la rénovation urbaine qui s’est faite en tache d’huile à partir du centre-ville. La première phase de construction a affecté les quartiers les plus voisins de la « ville européenne ». Ce fut un remodelage qui transforma progressivement l’ancien « village » d’aspect semi-rural en un quartier d’aspect moderne. C’est ainsi que 965 logements seront réalisés : 15 à Akébéville (1960) ; 475 à Likouala (1964) ; 175 à Awendjé (1970) ; 300 à Avéa (1974) et la construction de la « cité du 12 mars ». Ce programme s’est poursuivi en 1980, à Nomba-domaine et Nzeng-Ayong. Aujourd’hui, celui-ci concerne les zones périphériques d’Agondjé et Minkolongo, au nord de Libreville.

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