Dès que je fus en possession de mon Winchester, je me tournai en face le roi, et je lui dis :
— Ne crains rien, je veux seulement te faire voir et aux Bapounous qui sont chez toi ce que sont les fusils des Français, et je n’ai pas l’intention de m’en servir contre personne de vous.
Alors je fis manœuvrer l’arme. Je fis partir trois balles d’abord, sans charger, puis une autre, puis une autre.
— Tu vois que quand on possède des armes pareilles, on ne craint guère des gens qui ont des fusils à pierre comme les vôtres.
Et toujours sans recharger je fis partir trois balles.
— Il y en a toujours, tu vois.
Quelques noirs se hasardèrent à ramasser les étuis en cuivre, et les regardaient curieusement. Je procédai de même avec mon revolver. Ensuite, je pris une carabine Gras, dont je fis partir un seul coup en l’air. Puis vint le tour de mes Lefaucheux. Je tirai et, en deux coups sur une large feuille de bananier, elle fut littéralement criblée. Je la fis couper et remettre au roi qui la passa de main en main après l’avoir bien examinée.
Cette démonstration obtint l’effet que je désirais : j’étais leur ami ; tous les chefs vinrent me serrer la main. Je n’en fis pas moins recharger tous les fusils dès que je fus de retour dans ma case. Et mes capons de Camas n’eurent plus peur de parcourir le village.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire