Le Gabon peut-il moderniser sa capitale actuelle tout en construisant la ville de demain ?
Le Gabon se trouve face à une décision urbaine majeure. D’un côté, il faut transformer le Grand Libreville, améliorer les infrastructures existantes, désengorger les axes routiers, assainir les quartiers et moderniser Libreville, Owendo, Akanda et les territoires périphériques. De l’autre, le pays porte l’ambition de Libreville 2, une ville nouvelle destinée à préparer l’expansion future de la capitale.
La question n’est donc peut-être pas de savoir quel projet choisir, mais plutôt comment réaliser les deux simultanément sans que l’un affaiblisse l’autre.
Grand Libreville : transformer la ville existante
Le Grand Libreville concentre une part considérable de la population, de l’administration, des emplois et de l’activité économique du pays. Il est donc impossible d’imaginer l’avenir urbain du Gabon en abandonnant la métropole actuelle au profit d’une ville entièrement nouvelle.
La transformation du Grand Libreville doit notamment répondre aux problèmes de circulation, d’assainissement, de drainage des eaux pluviales, d’accès à l’eau, de voirie, de mobilité et d’urbanisation insuffisamment maîtrisée.
Les investissements envisagés sont déjà considérables. Dans le cadre de la planification 2025–2032, environ 400 milliards de FCFA sont notamment associés à un programme comprenant la réhabilitation des voiries urbaines, la réalisation de deux autoroutes à Libreville, environ 500 kilomètres de voiries et la première phase de Libreville 2. À une échelle nationale plus large, l’axe consacré aux infrastructures routières représente environ 2 500 milliards de FCFA.
Il faut cependant être précis : ces 400 milliards ne représentent pas le coût total du Grand Libreville et de Libreville 2. À ce stade, il n’existe pas de chiffre public suffisamment consolidé permettant d’annoncer avec certitude le coût final des deux transformations réunies.
Libreville 2 : construire avant d’être débordé
Libreville 2 répond à une autre logique.
Au lieu de continuer à étendre indéfiniment la ville existante, il s’agit de créer un nouveau pôle urbain planifié avant son occupation.
C’est une différence fondamentale.
Dans une ville nouvelle, les grands axes routiers, réseaux d’eau, énergie, assainissement, transports collectifs, zones résidentielles, équipements publics, écoles, hôpitaux, espaces verts et zones économiques peuvent être organisés avant l’arrivée massive des habitants.
La première pierre du projet Libreville 2 et de l’aéroport d’Andem a été posée le 28 mars 2025 par les autorités gabonaises. En 2026, le projet demeure notamment lié à des travaux de conception, d’études, de programmation et de structuration.
Libreville 2 doit donc être considérée comme une construction de long terme, probablement réalisée par phases successives plutôt que comme une ville devant surgir entièrement en quelques années.
Les deux projets peuvent-ils avancer simultanément ?
Oui. Mais seulement s’ils appartiennent à une même vision métropolitaine.
L’erreur serait de considérer Grand Libreville et Libreville 2 comme deux villes concurrentes.
Grand Libreville devrait avoir pour mission de réparer, moderniser et restructurer l’existant.
Libreville 2 devrait avoir pour mission de préparer et organiser la croissance future.
On pourrait résumer la stratégie ainsi :
GRAND LIBREVILLE : transformer la ville d’aujourd’hui.
LIBREVILLE 2 : construire la ville de demain.
Les deux deviennent alors complémentaires.
Le véritable danger : construire deux systèmes séparés
La difficulté ne réside pas seulement dans le financement.
Elle réside dans la coordination.
Si Libreville 2 possède ses propres routes, son propre système de transport, ses propres zones économiques et ses propres infrastructures sans connexion efficace avec Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum, le résultat pourrait être une fragmentation de la métropole.
Il faut donc penser dès maintenant à une seule grande structure métropolitaine.
Les grands axes routiers et les transports collectifs devraient connecter l’ancienne capitale à Libreville 2. Les réseaux d’eau et d’énergie devraient être dimensionnés à l’échelle métropolitaine. Les zones économiques devraient être complémentaires plutôt que concurrentes. Les administrations publiques ne devraient pas être déplacées sans stratégie pour les quartiers qu’elles quittent.
Et surtout, la création de Libreville 2 ne doit pas devenir une justification pour cesser d’investir dans les quartiers existants.
Une opportunité historique : construire une métropole multipolaire
Le Grand Libreville de demain pourrait ne plus fonctionner autour d’un seul centre.
Il pourrait devenir une métropole multipolaire.
Libreville conserverait son rôle historique, administratif, culturel et commercial.
Owendo renforcerait sa vocation portuaire, industrielle et logistique.
Akanda pourrait consolider ses fonctions résidentielles, institutionnelles et de services.
Ntoum et les territoires périphériques pourraient accueillir de nouvelles activités productives et résidentielles.
Libreville 2 / Andem deviendrait progressivement le nouveau pôle planifié de croissance.
Au lieu d’avoir une capitale qui s’étale sans organisation, le Gabon pourrait ainsi construire un réseau de pôles urbains spécialisés et interconnectés.
Il ne faut surtout pas construire Libreville 2 trop vite
Une ville nouvelle de cette ampleur ne devrait pas commencer par des dizaines de milliers d’hectares construits simultanément.
La première étape devrait être beaucoup plus maîtrisée : construire un morceau de ville presque exemplaire.
Un premier quartier comprenant logements, commerces, école, centre de santé, transports, espaces publics, emplois, équipements sportifs, parcs et services administratifs permettrait de tester le modèle.
Ce premier secteur deviendrait le démonstrateur de Libreville 2.
S’il fonctionne, la ville pourrait ensuite s’étendre progressivement autour de lui.
Cette méthode permettrait également de corriger les erreurs avant qu’elles ne soient reproduites à grande échelle.
Une architecture adaptée au Gabon
Libreville 2 ne devrait pas devenir une reproduction de Dubaï, Singapour, Paris ou Dallas sous climat équatorial.
Elle doit développer sa propre architecture.
Le climat gabonais impose des réponses particulières : fortes précipitations, humidité, chaleur, végétation abondante et nécessité de favoriser la ventilation naturelle.
Les bâtiments pourraient donc privilégier de grandes protections solaires, des toitures débordantes, des espaces intermédiaires couverts, des façades ventilées et des matériaux adaptés au climat.
Les quartiers pourraient fonctionner selon le principe d'une ville-éponge tropicale, avec bassins de rétention transformés en parcs, canaux végétalisés, zones humides protégées, sols perméables et récupération des eaux de pluie.
Et l’identité architecturale pourrait puiser dans les cultures gabonaises sans tomber dans le pastiche : géométries, matières, bois, raphia, couleurs, techniques vernaculaires et organisation traditionnelle des espaces pourraient être réinterprétés dans une architecture du XXIᵉ siècle.
Grand Libreville et Libreville 2 ne doivent finalement former qu'un seul projet
C'est probablement là que doit évoluer le débat.
Il ne faudrait plus penser :
Grand Libreville OU Libreville 2.
Il faudrait penser :
GRAND LIBREVILLE + LIBREVILLE 2
comme les deux dimensions d'une même transformation.
La première répare le présent.
La seconde prépare l'avenir.
Et entre les deux doivent se trouver les infrastructures qui rendent cette transformation possible : mobilité, énergie, eau, assainissement, numérique, logements, économie et espaces publics.
Le succès de Libreville 2 ne se mesurera donc pas au nombre de tours construites ou à la largeur de ses avenues. Il se mesurera à sa capacité à améliorer le fonctionnement de l'ensemble de la métropole gabonaise.
Car construire une ville nouvelle tout en laissant l'ancienne se dégrader ne serait pas une transformation.
Et rénover indéfiniment l'ancienne ville sans préparer sa croissance future ne serait pas davantage une stratégie.
Le véritable projet devrait être celui d'une seule grande métropole gabonaise, transformée progressivement jusqu'en 2050.
Jean-Martial Divounguy
Design du Gabon — Gabon 2050
GRAND LIBREVILLE ET LIBREVILLE 2 : DEUX PROJETS, UNE SEULE MÉTROPOLE
Le Gabon peut-il moderniser sa capitale actuelle tout en construisant la ville de demain ?
Le Gabon se trouve face à une décision urbaine majeure. D’un côté, il faut transformer le Grand Libreville, améliorer les infrastructures existantes, désengorger les axes routiers, assainir les quartiers et moderniser Libreville, Owendo, Akanda et les territoires périphériques. De l’autre, le pays porte l’ambition de Libreville 2, une ville nouvelle destinée à préparer l’expansion future de la capitale.
La question n’est donc peut-être pas de savoir quel projet choisir, mais plutôt comment réaliser les deux simultanément sans que l’un affaiblisse l’autre.
Grand Libreville : transformer la ville existante
Le Grand Libreville concentre une part considérable de la population, de l’administration, des emplois et de l’activité économique du pays. Il est donc impossible d’imaginer l’avenir urbain du Gabon en abandonnant la métropole actuelle au profit d’une ville entièrement nouvelle.
La transformation du Grand Libreville doit notamment répondre aux problèmes de circulation, d’assainissement, de drainage des eaux pluviales, d’accès à l’eau, de voirie, de mobilité et d’urbanisation insuffisamment maîtrisée.
Les investissements envisagés sont déjà considérables. Dans le cadre de la planification 2025–2032, environ 400 milliards de FCFA sont notamment associés à un programme comprenant la réhabilitation des voiries urbaines, la réalisation de deux autoroutes à Libreville, environ 500 kilomètres de voiries et la première phase de Libreville 2. À une échelle nationale plus large, l’axe consacré aux infrastructures routières représente environ 2 500 milliards de FCFA.
Il faut cependant être précis : ces 400 milliards ne représentent pas le coût total du Grand Libreville et de Libreville 2. À ce stade, il n’existe pas de chiffre public suffisamment consolidé permettant d’annoncer avec certitude le coût final des deux transformations réunies.
Libreville 2 : construire avant d’être débordé
Libreville 2 répond à une autre logique.
Au lieu de continuer à étendre indéfiniment la ville existante, il s’agit de créer un nouveau pôle urbain planifié avant son occupation.
C’est une différence fondamentale.
Dans une ville nouvelle, les grands axes routiers, réseaux d’eau, énergie, assainissement, transports collectifs, zones résidentielles, équipements publics, écoles, hôpitaux, espaces verts et zones économiques peuvent être organisés avant l’arrivée massive des habitants.
La première pierre du projet Libreville 2 et de l’aéroport d’Andem a été posée le 28 mars 2025 par les autorités gabonaises. En 2026, le projet demeure notamment lié à des travaux de conception, d’études, de programmation et de structuration.
Libreville 2 doit donc être considérée comme une construction de long terme, probablement réalisée par phases successives plutôt que comme une ville devant surgir entièrement en quelques années.
Les deux projets peuvent-ils avancer simultanément ?
Oui. Mais seulement s’ils appartiennent à une même vision métropolitaine.
L’erreur serait de considérer Grand Libreville et Libreville 2 comme deux villes concurrentes.
Grand Libreville devrait avoir pour mission de réparer, moderniser et restructurer l’existant.
Libreville 2 devrait avoir pour mission de préparer et organiser la croissance future.
On pourrait résumer la stratégie ainsi :
GRAND LIBREVILLE : transformer la ville d’aujourd’hui.
LIBREVILLE 2 : construire la ville de demain.
Les deux deviennent alors complémentaires.
Le véritable danger : construire deux systèmes séparés
La difficulté ne réside pas seulement dans le financement.
Elle réside dans la coordination.
Si Libreville 2 possède ses propres routes, son propre système de transport, ses propres zones économiques et ses propres infrastructures sans connexion efficace avec Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum, le résultat pourrait être une fragmentation de la métropole.
Il faut donc penser dès maintenant à une seule grande structure métropolitaine.
Les grands axes routiers et les transports collectifs devraient connecter l’ancienne capitale à Libreville 2. Les réseaux d’eau et d’énergie devraient être dimensionnés à l’échelle métropolitaine. Les zones économiques devraient être complémentaires plutôt que concurrentes. Les administrations publiques ne devraient pas être déplacées sans stratégie pour les quartiers qu’elles quittent.
Et surtout, la création de Libreville 2 ne doit pas devenir une justification pour cesser d’investir dans les quartiers existants.
Une opportunité historique : construire une métropole multipolaire
Le Grand Libreville de demain pourrait ne plus fonctionner autour d’un seul centre.
Il pourrait devenir une métropole multipolaire.
Libreville conserverait son rôle historique, administratif, culturel et commercial.
Owendo renforcerait sa vocation portuaire, industrielle et logistique.
Akanda pourrait consolider ses fonctions résidentielles, institutionnelles et de services.
Ntoum et les territoires périphériques pourraient accueillir de nouvelles activités productives et résidentielles.
Libreville 2 / Andem deviendrait progressivement le nouveau pôle planifié de croissance.
Au lieu d’avoir une capitale qui s’étale sans organisation, le Gabon pourrait ainsi construire un réseau de pôles urbains spécialisés et interconnectés.
Il ne faut surtout pas construire Libreville 2 trop vite
Une ville nouvelle de cette ampleur ne devrait pas commencer par des dizaines de milliers d’hectares construits simultanément.
La première étape devrait être beaucoup plus maîtrisée : construire un morceau de ville presque exemplaire.
Un premier quartier comprenant logements, commerces, école, centre de santé, transports, espaces publics, emplois, équipements sportifs, parcs et services administratifs permettrait de tester le modèle.
Ce premier secteur deviendrait le démonstrateur de Libreville 2.
S’il fonctionne, la ville pourrait ensuite s’étendre progressivement autour de lui.
Cette méthode permettrait également de corriger les erreurs avant qu’elles ne soient reproduites à grande échelle.
Une architecture adaptée au Gabon
Libreville 2 ne devrait pas devenir une reproduction de Dubaï, Singapour, Paris ou Dallas sous climat équatorial.
Elle doit développer sa propre architecture.
Le climat gabonais impose des réponses particulières : fortes précipitations, humidité, chaleur, végétation abondante et nécessité de favoriser la ventilation naturelle.
Les bâtiments pourraient donc privilégier de grandes protections solaires, des toitures débordantes, des espaces intermédiaires couverts, des façades ventilées et des matériaux adaptés au climat.
Les quartiers pourraient fonctionner selon le principe d'une ville-éponge tropicale, avec bassins de rétention transformés en parcs, canaux végétalisés, zones humides protégées, sols perméables et récupération des eaux de pluie.
Et l’identité architecturale pourrait puiser dans les cultures gabonaises sans tomber dans le pastiche : géométries, matières, bois, raphia, couleurs, techniques vernaculaires et organisation traditionnelle des espaces pourraient être réinterprétés dans une architecture du XXIᵉ siècle.
Grand Libreville et Libreville 2 ne doivent finalement former qu'un seul projet
C'est probablement là que doit évoluer le débat.
Il ne faudrait plus penser :
Grand Libreville OU Libreville 2.
Il faudrait penser :
GRAND LIBREVILLE + LIBREVILLE 2
comme les deux dimensions d'une même transformation.
La première répare le présent.
La seconde prépare l'avenir.
Et entre les deux doivent se trouver les infrastructures qui rendent cette transformation possible : mobilité, énergie, eau, assainissement, numérique, logements, économie et espaces publics.
Le succès de Libreville 2 ne se mesurera donc pas au nombre de tours construites ou à la largeur de ses avenues. Il se mesurera à sa capacité à améliorer le fonctionnement de l'ensemble de la métropole gabonaise.
Car construire une ville nouvelle tout en laissant l'ancienne se dégrader ne serait pas une transformation.
Et rénover indéfiniment l'ancienne ville sans préparer sa croissance future ne serait pas davantage une stratégie.
Le véritable projet devrait être celui d'une seule grande métropole gabonaise, transformée progressivement jusqu'en 2050.
Jean-Martial Divounguy
Design du Gabon — Gabon 2050
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