Construire une ville ne consiste pas simplement à multiplier les immeubles, à tracer des routes ou à ériger des monuments spectaculaires. La ville est une œuvre complexe, dans laquelle l’architecture, l’urbanisme, la mobilité, le paysage, l’histoire, la culture et la qualité de vie doivent dialoguer.
C’est pourquoi tout le monde ne peut pas s’improviser architecte, urbaniste ou designer urbain. Ce sont des métiers qui exigent une formation, une maîtrise technique, mais également une capacité à penser la ville sur plusieurs décennies.
Un architecte conçoit un bâtiment. Un urbaniste réfléchit à l’organisation et au développement de la ville. Le designer urbain travaille notamment sur la manière dont les bâtiments, les rues, les places, les parcs, les monuments et les espaces publics composent ensemble une identité urbaine cohérente.
Une ville ne doit donc pas être une accumulation désordonnée de projets individuels.
Lorsqu’on décide de construire une tour de 150 mètres, par exemple, la question ne devrait pas seulement être : « Avons-nous les moyens de la construire ? » Il faut aussi demander : où sera-t-elle placée ? Que donnera-t-elle à la skyline ? Quelle relation entretiendra-t-elle avec le front de mer ? Sera-t-elle encore pertinente dans cinquante ans ? Deviendra-t-elle un landmark ? Comment s’intègrera-t-elle dans les transports, les espaces publics et le paysage environnant ?
C’est précisément ainsi que se construit l’image d’une capitale.
Paris possède sa silhouette. New York possède sa skyline. Singapour a travaillé son rapport entre architecture, végétation et waterfront. Dubaï a consciemment utilisé l’architecture iconique pour fabriquer une identité internationale.
Libreville possède elle aussi une identité urbaine. Son front de mer, ses édifices historiques et institutionnels, ses musées, ses immeubles et ses nouveaux projets constituent progressivement sa skyline. Il faut maintenant éviter que cette identité soit défigurée par une succession de constructions pensées isolément.
Le développement de Libreville devrait donc s’inscrire dans une vision architecturale et urbaine à long terme, portée par des architectes, urbanistes, paysagistes, ingénieurs, historiens, artistes et spécialistes du patrimoine.
Il ne s’agit pas d’empêcher les citoyens d’avoir des idées. Au contraire, une ville appartient aussi à ceux qui l’habitent. Mais avoir une idée pour la ville et savoir techniquement fabriquer la ville sont deux choses différentes.
Le Gabon doit apprendre à considérer l’architecture et l’urbanisme comme des instruments de civilisation et de transmission. Car ce que nous construisons aujourd’hui deviendra demain le patrimoine, la mémoire et l’image que nos enfants recevront de nous.
Une ville ne s’improvise pas. Elle se pense, se dessine, se planifie et se transmet.

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