dimanche 6 septembre 2026

Loger ou entasser ? Le Gabon mérite mieux que des cités sans espace et sans ambition

 



Il faut avoir le courage de poser une question simple : construisons-nous seulement des maisons, ou construisons-nous des quartiers dans lesquels nos enfants auront encore envie de vivre dans trente ou cinquante ans ?

En observant certaines opérations récentes de logements, une impression s'impose : les maisons sont nombreuses, certes, mais elles sont parfois excessivement rapprochées, implantées sur des parcelles réduites, avec peu d'espace entre les constructions, peu de végétation et une architecture très répétitive.

Il ne s'agit pas de nier l'effort considérable que représente la construction de logements dans un pays qui en a besoin. Il faut construire. Il faut même construire beaucoup. Mais la quantité ne doit jamais devenir l'excuse de la médiocrité urbaine.




Nous avons pourtant déjà su faire autrement au Gabon

C'est précisément ce qui rend le débat intéressant.

Il suffit d'observer certains quartiers plus anciens, notamment Likouala à Libreville ou certaines anciennes cités SNI d'Owendo, pour comprendre qu'il existe au Gabon une tradition de logement planifié qui mérite d'être étudiée, adaptée et modernisée.

Likouala n'est d'ailleurs pas seulement un nom associé à l'habitat gabonais : la SNI documente historiquement les lotissements de Likouala-Moussaka et Likouala Coopération, avec 352 lots issus du morcellement. Elle documente également à Owendo l'important ensemble de Nomba-Domaine, qui comptait 929 lots dans son patrimoine historique. (SNI Gabon)

Ces quartiers ne sont évidemment pas parfaits et ont connu les transformations, extensions et difficultés propres à plusieurs décennies d'urbanisation. Mais leur conception initiale rappelle une idée essentielle : un logement peut être modeste sans que la parcelle soit minuscule et sans que la famille soit enfermée entre quatre murs et la clôture du voisin.

C'est cette philosophie qu'il faudrait retrouver.

Même à Likouala, des opérations plus récentes ont montré qu'il était possible d'explorer d'autres formes d'habitat. Les « Likouala Crossroads Apartments », par exemple, proposaient des F3 de 112 m² et des F4 de 147 m², avec deux places de stationnement par appartement. (Gabonreview.com | Actualité du Gabon |)

Autrement dit, nous possédons déjà au Gabon des références à examiner. Nous n'avons pas besoin de partir de zéro.

Pourquoi fabriquer de la promiscuité dans un pays qui dispose d'espace ?

Le problème n'est pas de défendre l'étalement urbain sans limite. Une ville excessivement étalée coûte cher : davantage de routes, davantage de réseaux électriques, davantage de canalisations et des transports plus difficiles.

Il faut donc de la densité.

Mais il existe une différence fondamentale entre densifier intelligemment et entasser.

Lorsque des maisons individuelles sont tellement rapprochées que les parcelles ne permettent presque plus de planter un arbre, de créer un jardin, d'aménager une terrasse ou d'agrandir raisonnablement le logement, nous devons nous demander si nous n'avons pas sacrifié trop rapidement la qualité de vie au nombre d'unités produites.

Une famille gabonaise n'habite pas seulement une maison.

Elle reçoit ses parents. Les enfants jouent dehors. On plante. On cuisine parfois à l'extérieur. On construit une terrasse. La famille s'agrandit. Une génération peut succéder à une autre.

La parcelle fait donc partie du logement.

Et surtout : où sont les arbres ?

Cette question devrait presque devenir obligatoire dans tout nouveau projet immobilier gabonais.

Nous sommes dans un pays équatorial couvert d'une forêt extraordinaire et nous construisons parfois des quartiers qui pourraient se trouver n'importe où dans le monde.

C'est un paradoxe.

Le futur habitat gabonais devrait au contraire être immédiatement reconnaissable : grands arbres tropicaux, rues ombragées, jardins, ventilation naturelle, larges avancées de toiture, vérandas, sols perméables, bassins paysagers, récupération des eaux pluviales et végétation abondante.

Le Gabon devrait inventer sa propre cité-jardin équatoriale.

Le logement social n'est pas condamné à être pauvre architecturalement

Il faut également combattre une idée : parce qu'une maison doit être abordable, elle devrait nécessairement être petite, répétitive et implantée sur le minimum de terrain possible.

Non.

La beauté ne signifie pas nécessairement marbre, verre ou matériaux importés.

Un grand arbre peut apporter davantage de noblesse à une rue qu'une façade coûteuse. Une véranda bien dessinée peut transformer une petite maison. Quelques mètres supplémentaires entre deux constructions peuvent préserver l'intimité de deux familles pendant cinquante ans.

L'intelligence architecturale coûte parfois beaucoup moins cher que la réparation ultérieure d'un mauvais urbanisme.

Même la SNI semble aujourd'hui reconnaître cette nécessité

Il est intéressant de constater que la réflexion évolue. En septembre 2026, la direction de la SNI a justement expliqué vouloir faire de ses nouvelles cités de véritables espaces de vie et non de simples dortoirs, en évoquant les projets d'Owendo, Nkok et Essassa. À la Cité Rose d'Owendo, environ 100 parcelles ont été dégagées sur un site d'environ 100 hectares. (Gabonreview.com | Actualité du Gabon |)

C'est une orientation qu'il faut encourager, mais également pousser beaucoup plus loin.

Un « espace de vie » doit signifier concrètement : écoles, commerces, terrains de sport, parcs, arbres, trottoirs, places publiques, drainage, transports, sécurité, équipements culturels et espaces permettant aux habitants de se rencontrer.

Construisons pour 2075, pas seulement pour l'inauguration de 2026

C'est finalement le véritable enjeu.

Une politique du logement ne devrait pas être jugée uniquement le jour où l'on coupe le ruban.

100 maisons construites.
500 logements livrés.
1 000 familles installées.

Ces chiffres sont importants, mais ils ne racontent qu'une partie de l'histoire.

Revenons vingt-cinq ans plus tard.

Les arbres ont-ils grandi ? Les maisons ont-elles pris de la valeur ? Les familles ont-elles pu les agrandir ? Les rues sont-elles encore agréables ? Les enfants disposent-ils d'espaces pour jouer ? Les eaux pluviales sont-elles correctement évacuées ? Le quartier possède-t-il une identité ? Les habitants sont-ils fiers d'y vivre ?

Voilà le véritable bilan d'une politique du logement.

Le Gabon possède déjà, à travers Likouala, certaines anciennes cités SNI d'Owendo et d'autres expériences résidentielles, une histoire de l'habitat planifié dont nous pouvons tirer des enseignements. Il faut prendre ce qui a fonctionné, comprendre ce qui a échoué, puis faire beaucoup mieux avec les connaissances urbanistiques dont nous disposons aujourd'hui.

Notre ambition ne devrait donc pas être simplement :

« Combien de maisons pouvons-nous construire ? »

Elle devrait devenir :

« Quel quartier voulons-nous transmettre à nos enfants avec ces maisons ? »

Car loger une génération est une urgence. Construire une ville digne pour plusieurs générations est une vision.

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